mardi 3 juillet 2018

L'apôtre de Guayaquil et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie


Né à Conques (Équateur) le 17 juillet 1837, huitième d’une famille de treize enfants. Ses parents furent Don Jean-de-Dieu del Corral et Mercedes de la Bandera, comerçants quiténiens qui s’étaient établis en cette petite ville de province, au sud de la République, où ils fondèrent un foyer religieux exemplaire, creuset de formation pour trois prêtres : Pie-Vincent, Nicanor et Adolphe del Corral. Il reçut un nom vieux des temps apostoliques, celui de Nicanor, martyr, l’un des premiers diacres de l’Église du Christ.


Dès un âge très précoce, l’enfant démontra sa grande piété et même d’héroïsme, réunissant ses camarades des quartiers de Saint-Christophe et Saint-Blaise pour leur enseigner la doctrine chrétienne, les remplissant de ferveur. Avec eux, il fonda sans grandes cérémonies la « Société de l’Agonie » à travers laquelle ils devaient accourir au chevet des mourants et donner chrétienne sépulture aux indigents. « Partout on s’admirait voyant comment des enfants et jeunes, dirigés par Nicanor Corral, transitaient dans les rues portant sur leurs épaules les cadavres qu’eux-mêmes avaient enveloppés ». C’est bien pour cela que Mgr Léon dirait, longtemps après : Jamais n’ai-je vu jeune qui sût balayer les vaines préoccupations de ce monde, comme le fit si jeune Nicanor Corral.

Il entra vite au Séminaire où, par sa vertu, il fut remarqué par Mgr Rémi del Toral, qui, l’en nommant le Régent et Préfet, lui déclara : « Je veux que tu fasses régner la piété en mon séminaire »; il s’acquitta de ses obligations si parfaitement que sa figure resterait gravée chez le moindre postulant ou voyageur qui ne l'aurait vu qu'une seule fois comme une sorte de figure incontournable du séminaire, restant très modeste et recommandable par son sens héroïque du devoir et des œuvres de miséricorde. En juillet 1862, alors qu’il atteignait ses vingt-cinq ans, il reçut les Ordres Sacerdotales; il célébra sa première Messe à Saint-Jean, petit village à douze lieues de Conques, aux rives de la rivière Sainte-Barbara.

Trois années passèrent et il fut appelé à Rio-bamba par Mgr Ordonnez, pour occuper la cure d’âmes de la paroisse de Cicalpe; en 1868, il fut nommé à Licto, en 71 à Punine, en 1874 à Casha-bamba. Dans toutes ces bourgades, il restaura les églises, il organisa les écoles paroissiales, visita les hameaux environnants, et avec tendresse et oblation, il se donna au service des fidèles indiens. En 1871, à l’insurrection du chef indigène Daquilema, l’agitation et le désir de vengeance visa les blancs; alors que lui et les autres créoles s’enfuyaient pour échapper aux émeutes dans un village reculé, ils furent surpris en chemin par la horde de sauvages. Les indiens tuèrent brutalement tous les blancs, sauf le Père Corral. Ils lui assénèrent seulement quelques coups très brusques néanmoins, au point de le laisser inconscient, lui pardonnant la vie pour être une « personne exceptionnelle ». À compter du moment où il fut le seul blanc qui survécut à la rébellion, la réputation de sa rectitude, justice et charité, surtout auprès des pauvres indigènes, qu’il assistait avec dévouement, grandit davantage.

En 1874, il assistait au Concile Provincial Quiténien et présenté au Président García-Moreno –le chef d’État modèle, martyre catholique, assassiné par les tentacules délétères de la franc-maçonnerie, le Duplessis créole du XIXème siècle–, il fut, en décembre de la même année, récompensé par ce dernier, d’une chaire dans le Chapitre de la Cathédrale de Guayaquil, la ville portuaire aux bords du fleuve Guayas. Il se déplaça donc à Guayaquil, où son attitude et ses gestes « assez hétérodoxes »,  étonnèrent dès le départ, car, devenu Chanoine, il n’avait pas honte de monter sur une mule pour se rendre sur la savane, suivi de nombreux enfants, les « cholos sabaneros » (ou petits gueux de la savane en argot), pour s’installer à l’ombre d’un arbre quelconque et les catéchiser avec le vocabulaire propre à leur âge. Orateur inné, avec sa dextérité pour capter l’attention de son auditoire, il émouvait les enfants; ceux-ci retournaient chez eux profondément impressionnés et attendant impatiemment la réunion suivante. C’est ainsi que lui vint l’idée de fonder une chapelle à côté de l’asile psychiatrique, et une église sur le terrain-vague qui abrite aujourd’hui le quartier de La Victoire, où le Père Corral dédia tant d’heures à éveiller l’écoute des cœurs jeunes aux merveilles de Dieu.

Il ouvrit également plusieurs écoles pour les enfants pauvres du Diocèse; l’une d’elles se situait dans un terrain de la Société Philanthropique du Guayas, régie par les filles de Saint Vincent de Paul, religieuses de la Charité. En 1879, Mgr Marriott le nomma Curé Recteur de la Cathédrale; il prit possession de sa charge le 13 février. Au lende-main du magnicide de García-Moreno, le pouvoir avait été récupéré par des boucaniers libéraux; l’Équateur connaissait alors des heures sombres. Le dictateur, Général de Vintimille, était derrière de l’assassinat de l’Archevêque de Quito, Mgr Checa, et persécutait l’Église. Aussitôt son premier sermon prononcé, le gouver-nement était à ses trousses. En effet, de thèmes sacrés il passa au profane et vitupéra contre la tyrannie de ces infâmes ennemis de la Religion. Il dut monter vers Panama à bord de la goélette « Payta ». Il y resta quelque temps, avant d’aller au Chili et au Pérou.

À Lima, il fut Chapelain de la Maison des Religieuses du Bon-Pasteur. En 1881, il retourna à Guayaquil, car, après tout, son « crime » n’était qu’un mal mineur, mais il resta très discret. Au mois d’août, il partit à Rome et mena une mission bien délicate auprès du Saint-Siège; ensuite, il poursuivit son pèlerinage en Orient, en visitant les lieux Saints de Palestine, d’Égypte et de Syrie.

À son retour, il fut nommé Chapelain de l’Asile de Guayaquil, où il s’attira vite la sympathie et adhésion des internés; sa veine folklorique battait son plein vers cette période : il avait fait imprimer une affiche pittoresque, énorme, où on le voyait faisant une quête pour la construction de l’église du Cœur Très-Pur de Sainte Marie. 

Anecdote : un jour, rentrant dans une boulangerie pour demander l’aumône et fut reçu par un refus retentissant. Alors le Père Corral tint tête et lui rétorqua « Le non est pour moi! Qu’avez-vous pour la Sainte Vierge ? ». Le boulanger, dépiauté, finit par reconnaître l’aridité spirituelle qui motivait sa pingrerie; il s’entretint quelques minutes avec l’abbé Corral et lui remit une bonne somme. De ces efforts et dons vit le jour l’église du Cœur Très-Pur de Marie et le quartier de La Victoire fut incorporé au reste de la ville.

En décembre 1886, il démarra l’hebdomadaire religieux, scientifique et littéraire « La vie » avec le docteur Schiattone; il n’y eut que six parutions. Le sous-titre était sous la forme d’une question-réponse: « De quoi traite un périodique religieux. -De ce qui élève le cœur et dont a besoin l’âme : la paix, la morale et la vertu ». Cinq ans plus tard, il forma un séminaire avec un groupe d’étudiants qui le suivaient tel un prophète : avec eux, il inaugura deux écoles : celle de Bethléem pour l'éducation des garçons et L’Aurore pour celle des filles.

En 1895, advint la funeste « Révolution Libérale ». Cela n’altéra pas sa vie outre-mesure. Le 16 novembre 95, il ordonna à ses acolytes que l’on baisse et décroche le pavillon bleu-blanc du Parti Libéral, de la tour de l’église du Cœur de Marie; un tumulte se produisit entre les paroissiens et l’intervention des agents de l’Intendance, mais n’alla heureusement pas au-delà de ça, il n'y eut point de morts.

En avril 1896, il sermonna à nouveau les libéraux dans une homélie pendant une Messe à la Cathédrale. Il fut conduit sur le vapeur Impérial, partant en exil vers Panama. Le dictateur Alfaro informé, il ordonna depuis Quito qu’on le retournât pour éviter qu’il ne demande l’aumône aux panaméens; il fut de retour en novembre, avec l’accla-mation de sa paroisse et, même si Alfaro avait cru pouvoir l’en empêcher, il revenait les poches pleines de sous pour compléter l’édification de sa bâtisse religieuse. Il l’inaugura en grande pompe et au milieu de l’enthousiasme général de la Nation, qui avait suivi avec curiosité ses efforts. Il disposait alors déjà de quatre prêtres, avec lesquels il ouvrit une dernière école religieuse, qu’il baptisa comme celle du Sinaï, en souvenir de ses exils tortueux. Ses derniers temps, il se consacra entièrement au service de sa paroisse et à renforcer son communauté religieuse naissante.


En 1903, alors qu’il se trouvait de retour d’une mission pastorale, il fut pris par un malaise et il décéda le vendredi 23 octobre, à soixante-six ans. La ville entière fut saisie par la disparition de celui qu’on appelait « l’Apôtre de Guayaquil ». On rendit hommage à sa sainteté et même les libéraux de l’époque assistèrent à sa Messe de Requiem, marquées par une très grande solennité, « au milieu du concours de nombreux prêtres, religieux et fidèles de toutes les conditions sociales. Jamais on avait vu à Guayaquil un enterrement où les accompagnants conservaient leur contenance et se manifester une dévotion si prononcée ». Tous disaient : « Un saint est monté aux Cieux ». Ses restes furent inhumés dans le cimetière municipal et après trois années passées, on les emmena dans un caveau simple de l’église de la Victoire, qu'il avait bâtie de ses propres mains.

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